Oct 24, 2017 Last Updated 9:37 PM, Sep 16, 2017

Donkey jaw bone : du roots et du zèle

Publié dans Musique

Non seulement l’héritage du roots, qui restera comme la « substantifique moelle » du reggae music, ne se perd pas, mais en plus il continue plus que jamais à fournir aux hommes de ce temps de glorieux prétextes pour se rencontrer ! L’aventure musicale du groupe français Donkey Jaw Bone avec les chanteurs jamaïcains Derajah et Winston Reedy (ex-Cimarrones) est une des preuves les plus actuelles de cet appétit de riddims colorés et de rythmes nyabinghi.

Elle illustre un subtil partage de références et une foi dans les valeurs originelles de cette musique.

En 2003 Guillaume Rossignol et Samuel Mounichy, membres fondateurs, organisent des auditions pour s’entourer d’une bande d’inconditionnels du reggae, investis et talentueux. Neuf musiciens forment aujourd’hui un groupe qui a pu disposer dès 2005 de son propre studio en banlieue parisienne - grand refuge à la façade grise, partiellement en travaux mais offrant une latitude idéale en termes d’hébergement et de répétitions.

Ainsi composent-ils leurs propres riddims, se mettant en quête de voix jamaïcaines répondant à leurs critères. C’est grâce à l’ubiquiste Myspace qu’ils maintiennent une oreille attentive à la scène jamaïcaine… C’est ainsi qu’en 2007 l’énergie vocale d’un jeune artiste prénommé Derajah, tourné vers le roots, s’impose à eux comme une piste évidente.

Voyage en terre promise

Les premiers échanges s’instaurent et assez rapidement le chanteur invite le groupe à plonger dans le grand bain caribéen. Pour Donkey Jaw Bone c’est le moment de concrétiser un vieux rêve : s’imprégner d’une culture et d’une ambiance à nulle autre pareille… Rêve qui devient réalité en décembre 2007 : cap sur le berceau du reggae !

L’alchimie opère. Le groupe se retrouve à jouer dans les cours des maisons, rencontre des chanteurs du cru pour partager quelques improvisations, et va jusqu’à enregistrer avec Derajah un quatre-titres aux studios Tuff Gong, le laboratoire sonore des Wailers ! En deux mois, une quarantaine de morceaux sont composés… Pour les musiciens le séjour s’apparente également à une patiente chasse aux trésors, qui consiste à retrouver des instruments garants d’un son propre aux années 70 : orgues Hammond ou tambours binghi par exemple, en voie de disparition. « Je trouve ça malheureux, explique le percussionniste Nicolas Trancart. Ce qui m’a toujours intéressé dans les percussions, c’est que chaque rythme veut dire quelque chose. Dans le cas du rythme rasta, ce sont les battements du cœur… Or en Jamaïque il n’y a plus que les anciens qui jouent du binghi. À Kingston on a eu énormément de mal à se procurer ces instruments, on en a cherché pendant cinq semaines. Derajah fait partie de ces rares jeunes intéressés par le maintien des traditions, donc il sait jouer le binghi. Tout ça c’est très important dans le reggae et c’est cette tradition roots que notre groupe veut faire perdurer… »

Mâchoire d’âne

En Jamaïque les Français ne passent pas inaperçus. Le nom du groupe (qui signifie « mâchoire d’âne ») frappe les imaginations. Cette énigmatique mâchoire d’équidé fait référence à l’épisode biblique où Samson, qui tire une force prodigieuse de ses longs cheveux tressés (d’où son statut officieux de « rasta » pour un mouvement nourri d’images bibliques), se débarrasse d’une armée de mille Philistins précisément grâce à cet os devenu entre ses mains une arme redoutable. À Kingston, des chauffeurs de taxi s’arrachent les autocollants-talismans du groupe pour rendre leur véhicule invulnérable.

L’expérience s’avèrera donc riche en échanges, sur les plans humain et créatif. À leur retour en île… de France, les musiciens peuvent s’appuyer sur un catalogue fourni de dizaines de compositions, qu’ils réenregistrent et parmi lesquelles Derajah fait son choix : c’est la quasi-totalité des riddims qui trament l’album Paris is Burning sorti en novembre dernier… Après un retard dû aux moult péripéties subies par l’exigeant label, feu Makasound, ressuscité et devenu Chapter Two.

 

Dans le même temps le groupe a poursuivi sur sa lancée en approchant un mythe vivant : l’ex-chanteur des Cimarons. « C’était un peu un rêve, raconte Nicolas. Il nous restait une trentaine de riddims, et comme on était fans des Cimarons, Guillaume le batteur nous a fait rire en disant qu’on n’avait qu’à faire un album avec le chanteur… Même si Winston n’avait pas joué en France depuis vingt ans, que les Cimarons sont un groupe emblématique basé en Angleterre : ça ne coûtait rien de poser la question ! On y est allés, on lui a laissé un CD. Après quoi il nous a rappelés, pour nous dire ‘je ne pensais pas qu’il existait encore du roots comme ça maintenant ! Quand est-ce que je viens enregistrer avec vous ?’» Cette deuxième production des Donkey Jaw Bones promet elle aussi de puissants frissons aux amateurs de voix chaudes sur des mélodies évocatrices.

Dernière modification le dimanche, 05 mars 2017 20:41

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