Nov 19, 2017 Last Updated 9:37 PM, Sep 16, 2017

Aly Moulady : « La création c’est ma passion »

Sourire étincelant et ravageur, charme envoûtant, le  téléphone portable toujours à l’oreille pour répondre à ses milliers de fans éparpillés à travers le monde, le nom d’Aly Moulady ne dit sans doute rien aux plus jeunes des mélomanes. Pourtant cet artiste franco-congolais vivant en France et qui a compris que la vie est un concert où chacun doit trouver sa juste place et sa juste voix est à l’origine de quatre albums à succès.

 

Avec une voix qui unit les musiques comme le ciel unit les étoiles, Aly Moulady enchaîne les apparitions sur tapis rouges et crée le buzz avec son dernier album « Maxi-Bonheur ». Preuve que son baromètre de célébrité est au plus haut. A cœur ouvert, il s’est prêté aux questions de Mediagonal. (Propos recueillis par Jean-Jacques Jarele SIKA).

Mediagonal : Quel est l’apport des artistes immigrés dans la musique française ?

Aly Moulady : Les artistes immigrés apportent un plus dans la musique française rien qu’à voir les tubes d’été qui ont toujours une forte connotation tropicale. A travers les rythmes comme le reggae, la France aujourd’hui est la deuxième patrie du monde après la Jamaïque à arpenter les chemins du succès dans le reggae, imposé bien sûr par des artistes immigrés. Tous les 5 ans, il y a toujours un artiste immigré qui occupe la scène musicale française.

Mediagonal : Comme Yannick Noah par exemple, qui l’année dernière était au top des ventes avec son album « Frontières » ?

Aly Moulady : Noah fait ce que l’on appelle de la variété française même s’il a une part d’africanité qu’il affirme toujours. Il ne prend pas sa culture africaine ou sa langue pour la mettre en musique. Il chante plus en français et un peu en anglais, mais jamais dans certaines langues du Cameroun. Mais j’aime ce qu’il fait.

Mediagonal : Faire la musique en Afrique ou en France, c’est quoi la différence ?

Aly Moulady : La différence réside essentiellement au niveau de la juridiction et des moyens techniques ou matériels. Juridiquement, les artistes africains ne sont pas protégés. Le seul pays africain qui honore ses artistes en matière des droits d’auteurs, c’est le Burkina Faso. Mais au sud du Sahara, les artistes sont abandonnés et c’est la catastrophe. Aucun parent n’est fier de voir son enfant chanter ou jouer à la guitare.

Mediagonal : Quelles difficultés rencontrez-vous en France en tant qu’artiste immigré ?

Aly Moulady : On peut être affilié à la SACEM en France, mais le problème qui nous paralyse tous c’est celui de la visibilité. Nos musiques passent rarement dans les médias français. Nos chansons passent bien en Afrique, mais cette visibilité confère un succès d’estime. Mais financièrement parlant, il n’y a rien et c’est difficile voire impossible de faire bouillir la marmite. C’est vrai, on fréquente les grands studios d’enregistrement, les grands distributeurs des œuvres phonographiques, nous avons tous les moyens logistiques à notre disposition et nous sommes couverts juridiquement ; mais la promotion de nos œuvres ne suit pas toujours.

Mediagonal : Quatre albums sur le marché des œuvres phonographiques depuis que vous êtes en France : quel bilan faites-vous de votre expérience artistique ?

Aly Moulady : Je suis autonome aujourd’hui, je me suis formé dans le domaine de la vidéo  et la création pour moi devient une passion.

Mediagonal : Est-ce que le ciel est toujours bleu pour la jeunesse africaine, comme vous le dites dans l’une de vos chansons « Hymne à la vie » ?

Aly Moulady : Je ne pense pas, la crise économique est là, la mauvaise gouvernance aussi. Les  jeunes Africains comme de mon pays d’origine ont des problèmes pour trouver un travail digne.  Ils souffrent pour se loger, manger et se soigner et c’est inadmissible. Avec le vent qui souffle en Tunisie et en Egypte, je pense que les princes, les héritiers et autres dictateurs vont changer leur façon de gouverner en pensant aux jeunes et aux pauvres. En Afrique, la pauvreté fait le lit au sida, les ambulances n’ont pour rôle que le ramassage des cadavres, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en pauvres. Tout va mal. Alors, on veut que ça change. Dieu est grand.

Mediagonal : En guise de message de fin, comment envisagez-vous l’avenir de la jeunesse africaine et des artistes immigrés ?

Aly Moulady : On ne doit plus attendre tout des pouvoirs publics. Dans mon album « Bouge », j’exhorte la jeunesse africaine à prendre son destin en main. Que les artistes récoltent aussi les fruits de leur travail. On doit garder notre identité certes, mais tout en restant ouvert et non figé.

Plus dans cette catégorie : Bloncourt a mal au monde »

Les plus consultés

Grand entretien avec Alain Deneault : « L'art du diagnostic » au service du commun
Rencontre avec Guillermo Pisano

Le réveil de Médiagonal

05 Mar 2017 Éditorial

Les trésors de Zarathoustra