Jun 25, 2017 Last Updated 2:29 PM, Apr 22, 2017

Jorus Mabiala ou le porte-parole du passé

Publié dans Portrait

Conteur, musicien, danseur, Jorus Mabiala invite à le rejoindre sur scène sous le M'bongui, l'arbre à palabre d'Afrique centrale. Lui, est né au Congo Brazzaville, la capitale de la France libre.

 

Son passé colonial ne lui pose aucun problème. Loin de là, son discours pourrait  heurter plus d’un mais conforter d’autres dont certains dirigeants politiques de l’hexagone. « Pour moi, il est nécessaire de reconnaître les points positifs de la présence française au Congo. Être associé à l’histoire d’un grand pays comme la France mérite d’être rappelé chaque fois que l’occasion se présente».

Quand on évoque son adolescence, cet enfant né dans les années 70, à l’heure où dans les pays riches, la jeunesse réclamait plus de liberté, toute sorte de libertés, on comprend vite que les préoccupations des congolais à cette époque étaient toutes autres. Lui était trop jeune pour savoir ce qui se tramait par delà les mers, tout là-bas à l’horizon lointain. Il n’en saura pas plus dans les années 80. Par contre, avec l’âge et le recul, il commente son époque : «  Tous ceux qui, comme moi  sont nés au milieu des années 70, font partie de cette génération de l’ennui de nos aînés, où l’on croyait que la vie se résumait à l’école, aux études pour devenir  soit enseignant  soit fonctionnaire de l’état.

Si ce trentenaire dont la voix trahit la force et l’énergie dénonce cette situation, il n’éprouve cependant aucun ressentiment à l’égard de ses ainés. Il aurait préféré malgré tout se construire lui-même pour aboutir à une réflexion personnelle. Ce qu’il fera par la suite en devenant une bête de scène. « On avait nos héros faits de toute pièce : Thomas Sankara, Che Guevara... Nos ainés avaient déjà mené des combats pour nous et voilà qu’ils rêvaient en nous. Toute la réflexion au sujet de notre avenir était déjà faite et nous, gamins de cette époque  étions obligés de consommer ».

Il fallait réagir, mais comment se demandait-il ? Jorus Mabiala reconnaît, malgré tout, faire partie des privilégiés du Congo. A 16 ans ce passionné de théâtre, lisait « Le combat de nègre et de chiens » de Bernard-Marie Koltès, « Le coup de vieux » de Caya Makhélé et Sony Labou Tansi … Le double discours des anciens : allez à l’université, prenez  les armes pour protéger votre pouvoir, loin de le décourager, lui a surtout permis de choisir sa voie. Celle de s’exprimer librement. Pour ce, il fallait sortir du lot :

« J’évoluais au sein d’une compagnie de théâtre, trop nombreux, nos représentations se limitaient aux villes avoisinantes. Et moi je rêvais d’aller loin, toujours plus loin dans les coins et recoins où le public ignorerait  jusqu’au mot théâtre ».

En 1998, ce congolais devient le conteur du Centre culturel français de Pointe-Noire. Partir ailleurs, Jorus Mabiala le fera. Mieux encore il jouera sur scène dans de nombreux pays africains mais aussi en Europe où il vit depuis. Son installation dans le sud de la France, c’est l’histoire d’une rencontre avec un jeune volontaire avec qui il collabore dans le cadre du projet « intervention pédagogique ». Sur le terrain, Jorus se heurte à une armada de commissaires qui lui réclame un diplôme. Pour se faire accepter et être reconnu, cet artiste à qui le destin a donné un coup de pouce, a du faire ses preuves sous l’œil attentif de contrôleurs régionaux. Depuis, il intervient dans les écoles à Marseille pour transmettre la passion et le rythme à des artistes en herbe.

Il crée en 1996 Africa Graffitis avec ses frères et en 2000 le festival Retour au M’bongui. Cet artiste s'érige en véritable porteur de la culture du peuple Bantu, de ses contes et légendes.

Des projets il en a plein la tête, il réfléchit à l’enregistrement des contes de son père qui lui a transmis la passion de conter. C’est un devoir de mémoire pour celui qu’il qualifie affectueusement d’adversaire privilégié. D’ailleurs être conteur pour Jorus Mabiala c’est être le porte-parole du passé, du présent et même du futur.

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